mardi 28 septembre 2010

Il va falloir dire au revoir à Bata et Zula

Nous avons appris une mauvaise nouvelle ce soir. Alors qu'est examiné, en ce moment, un nouveau projet de loi sur l'immigration, qui risque entre autres de restreindre l'accès à des titres de séjour pour les étrangers malades ne pouvant pas se faire soigner dans leur pays (voir ici) et de réduire les pouvoirs du juge des libertés et de la détention, qui est souvent le seul recours des sans-papiers face à des procédures abusives (pour le détail des propositions du projet de loi, voir ici), nous avons appris que nos amis Bata et Zula, après avoir épuisé tous les recours possibles, se sont vus refuser un titre de séjour et doivent quitter la France dans les plus brefs délais.

Bata et Zula sont un jeune couple originaire de Mongolie. Il y a un peu plus d'un an, des élections présidentielles se sont tenues dans leur pays. Bata, qui est cinéaste, a été contacté (vraisemblablement par des membres du parti alors au pouvoir) pour monter un film accusant le principal opposant de corruption. L'opposant a remporté les élections malgré le scandale causé par le film, dont les commanditaires se sont brutalement évanouis dans la nature. Bata s'est retrouvé en première ligne d'une accusation de "calomnie du président" (qui, je le rappelle, était simple candidat au moment des faits), sans pouvoir prouver que le film n'était pas de lui, puisqu'il s'est contenté de monter dans l'ordre indiqué des images livrées par les personnes qui l'ont contacté. Il a été battu, son atelier et son domicile saccagés, il a été arrêté et emprisonné. Mais surtout, Zula, sa jeune épouse enceinte, a été menacée de mort. Sur les conseils de leur famille, qui a sacrifié ses économies pour payer les frais exorbitants du voyage clandestin vers l'Europe, Bata et Zula ont décidé de quitter la Mongolie. Au cours d'un long voyage, en train jusqu'à Moscou puis en camion vers la France (sans jamais quitter l'intérieur du camion, où ils disposaient juste d'un seau vidé de temps en temps par le conducteur pour les besoins naturels), ils ont tous deux contracté l'hépatite C. Un beau jour, le camionneur les a fait descendre, leur a dit qu'ils étaient en France, et a disparu... Ils venaient d'arriver à Annemasse. Dès leur première nuit, dans la rue, ils se sont fait voler tout ce qu'ils avaient emporté dans leur fuite. Bata étant très malade, ils ont cherché une église pour demander de l'aide. Ils ont rapidement été pris en charge par une association. Durant la procédure de demande d'asile, la mairie leur a trouvé un appartement et l'association s'est occupée de leurs démarches de régularisation. Sans succès, malgré un an de procédures et de recours jusqu'au président de la République...

Concrètement, cela signifie qu'un jeune couple cultivé, diplômé et menacé de mort dans son pays d'origine, va y être renvoyé. En plus des problèmes politiques, ils ne sont toujours pas guéris de leur hépatite C (ce qui implique que l'option de se réfugier à la campagne en espérant se faire oublier n'est pas envisageable, puisqu'ils devront être soignés à l'hôpital d'Oulan-Bator). De plus, leur petite fille Michelle, âgée de neuf mois et née en France, a aussi contracté la maladie : elle devra être soignée dans quelques temps, mais d'après ses parents, la Mongolie n'a pas les infrastructures nécessaires pour soigner de si jeunes enfants...

J'en pleurerais de colère et d'impuissance.

2 commentaires:

  1. C'est terrible en effet. Ne peuvent-ils demander l'asile dans un autre pays ?
    Nous pensons à eux.

    B. et Ph.

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  2. Je ne sais pas... Avec les réglementations européennes, je ne sais pas si des personnes auxquelles l'asile a été refusé dans un pays peut tenter sa chance ailleurs. Pour l'instant, l'association essaie de négocier qu'au moins ils puissent bénéficier d'un billet d'avion gratuit et d'un petit pécule pour les aider à leur retour, mais ça ne va pas les protéger s'ils sont toujours menacés. Ils ont choisi la France parce qu'on leur avait dit que c'était le pays des droits de l'homme et qu'on y aidait les personnes dans leur situation...

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