Aujourd'hui, entre notre dernier culte à Annemasse et mes dernières vêpres chantées à Holy Trinity, nous sommes allés rendre visite à un vieux paroissien qui a eu un AVC et est en rééducation dans une clinique spécialisée du plateau d'Assy.
Après l'avoir vu, nous avons décidé de visiter l'église du plateau, Notre-Dame de Toute Grâce, dont j'avais souvent entendu parler comme d'un chef-d'œuvre contemporain mais où nous n'étions jamais allés (ni même avec Papa et Maman quand nous passions nos vacances dans la région).
La première impression de l'extérieur est assez déconcertante :
(Source)
"On se croirait à Mexico", a dit Hyonou. En ce qui me concerne, j'ai eu du mal à décider si la figure centrale de la façade représentait le Christ ou la Vierge (il semble que ce soit bien la Vierge).
En entrant, tout change. Mon regard a tout d'abord été attiré par une chapelle lumineuse sur la droite : le baptistère, décoré par Chagall. Hyonou, qui aime énormément Chagall, a ouvert de grands yeux en chuchotant : "tu crois que c'est un vrai ?" Le tableau sur céramique qui orne le mur du fond est la Traversée de la Mer Rouge, un tableau dont j'avais souvent vu la reproduction :
(Source)
J'appréciais les couleurs et la composition du tableau, sans vraiment être touchée par l'œuvre ; mais c'est parce que je ne la voyais pas dans son contexte. En fait, il faut voir l'ensemble :
(Source)
Avec le baptistère au premier plan, c'est un tout autre mouvement qui se dessine. On n'est plus simplement devant une représentation de l'épisode biblique, où l'armée du Pharaon se fait engloutir pendant que le peuple, guidé par l'ange, passe sain et sauf sous le regard de Moïse. Une ligne ascendante part du baptistère pour aller jusqu'à l'ange. Le message se devine : à travers le baptême, le baptisé meurt avec l'armée du Pharaon sous les eaux de la Mer Rouge ; puis il renaît avec le peuple d'Israël victorieux, qui marche sur les traces de l'ange qui indique, à sa droite et à sa gauche, les scènes du Déluge et de la crucifixion (deux moments fondateurs de l'alliance de Dieu avec son peuple). Né à une vie nouvelle, le baptisé entre dans l'alliance conclue avec le Dieu de l'Ancien et du Nouveau Testament.
(Source)
Au fond de la nef, c'est une tapisserie qui attire l'attention.
(Source)
Question : y a-t-il des Angevins qui ne reconnaîtraient ni l'auteur, ni le thème de cette tapisserie ?
Il s'agit évidemment de Jean Lurçat, et la composition n'est pas sans rappeler celle-ci :
Tenture de l'Apocalypse du château d'Angers (Source)
Dans la tapisserie de Lurçat, intitulée La Femme et le Dragon, qui reprend la même scène, on voit la Femme assise sur le soleil repousser de son rayonnement la bête blessée, dont la sphère d'influence semble diminuer à vue d'œil.
J'ai aussi beaucoup aimé une autre œuvre :
(Source)
C'est le retable de l'autel du Saint-Sacrement, représentant saint Dominique, peint par Matisse. Là encore, comme dans le baptistère, le peintre a très habilement utilisé le contexte : le tabernacle se trouve dans la partie qui figure le corps du saint, esquissé simplement par quelques grands traits se dessinant sur un jaune éclatant (la photo ne rend pas justice à sa couleur). Habité par le Christ, saint Dominique devient transparent, s'effaçant au profit de l'éclatante lumière divine.
Après avoir fait plusieurs fois le tour de l'église, je n'avais plus qu'une question : mais pourquoi ne sommes-nous pas venus plus tôt ??



















































