Nous rentrons déjà demain en France ; comme il est 11 heures du soir, que nous sommes encore en plein dans les bagages et que nous devons partir avant 5 heures demain matin, je n'aurai pas le temps de raconter les derniers épisodes de notre voyage, qui devront attendre notre retour !
jeudi 23 août 2012
mercredi 22 août 2012
Retour aux sources
Il y a une soixantaine d'années, un jeune garçon d'à peu près douze ans vivait dans la province du Chungcheongnam-do, au sud-ouest de Séoul. Ce jeune garçon était venu du Nord avec sa mère avant la fermeture de la frontière. Ils s'étaient installés dans un petit village du nom de Deoksong-li, au bord de la mer, où son oncle possédait une maison qu'il leur prêtait.
Dans cette maison entourée de bambous, il vivait seul la plupart du temps. Sa mère, qui n'avait aucun espoir de revoir un jour son mari resté au Nord et probablement assassiné par le régime communiste, puisqu'il était un gros propriétaire terrien, avait une liaison avec un autre homme qui ne voulait pas de cet enfant qui n'était pas le sien. Elle passait donc la plupart du temps ailleurs, laissant son fils à lui-même. La nuit, il entendait fourrager dans les bambous des bêtes qui l'effrayaient. Il aurait bien voulu aller à l'école, mais sa mère avait refusé de l'inscrire. Elle ne voulait pas payer les frais de scolarité de ce garçon qui l'encombrait pour reconstruire sa vie au Sud.
Un jour, il s'était dit : "De toute façon, sans éducation et sans personne pour m'apprendre un métier, je vais devenir mendiant. Autant devenir mendiant dans une grande ville, c'est toujours mieux que mendiant à la campagne." Un beau matin, alors que sa mère était à la maison, il a volé ses économies et s'est enfui. De peur de la réveiller, il a couru sans mettre ses chaussures jusqu'à avoir les pieds en sang, puis il a pris un bus, puis deux trains, jusqu'à Séoul. Ce jeune garçon, c'était le père de Hyonou.
Vendredi, Hyonou et moi avons refait à l'envers son trajet, jusqu'à Deoksong-li. La première chose que nous avons vue en descendant du petit bus de campagne que nous avons pris pour faire la dernière partie de la route, c'était l'école primaire de Palbong, celle-là même où mon beau-père aurait tant voulu aller.
La première réaction de Hyonou a été de s'écrier : "Et dire que si mon père n'était pas parti, j'aurais pu aller à l'école ici !" Le cadre est idyllique. L'école est tout près de la mer, dans une vallée bordée de collines et entourée de rizières vert tendre. Malheureusement, je n'ai pas eu le temps de prendre de photo ; j'aurais bien voulu, mais deux employés de l'école avec qui Hyonou a discuté nous ont proposé de nous emmener en voiture jusqu'au petit port du village, Gudo. On y a un peu l'impression d'être au bout du monde.
Là-bas, sur les conseils de nos guides improvisés, nous avons pris un bateau qui traverse la baie jusqu'à une petite île pour avoir un aperçu du paysage. Ils nous ont expliqué également qu'autrefois, le moyen le plus rapide de rejoindre Séoul était de prendre un bateau qui allait de Gudo à Incheon, le port le plus proche de la capitale où se situe désormais l'aéroport international. J'ai plus tard demandé à mon beau-père pourquoi il n'avait pas pris ce bateau plutôt que de faire un trajet interminable par l'intérieur des terres ; il m'a dit que tout à la hâte de s'enfuir sans se faire repérer, il ne lui était tout simplement pas venu à l'idée de partir vers le port.
Nous avons attendu le bateau à l'intérieur de l'épicerie du port, où il faut acheter les tickets, en compagnie d'un groupe d'habitants qui rentraient sur leur île chargés de sacs de courses et qui tuaient le temps en vidant des canettes de bière. Il n'y a pas d'embarcadère. Le petit ferry accoste à différents endroits suivant l'heure et l'amplitude de la marée. Ce jour-là, il s'est tout simplement approché de la rive, une digue de sable retenue par quelques rochers. Il a fallu attendre quelques retardataires avant de partir, ce qui a donné l'occasion au capitaine de se plaindre à plusieurs reprises dans les hauts-parleurs. L'un des passagers a embarqué avec tout un stock de parasols, dont j'ai compris à l'arrivée qu'ils étaient destinés à servir d'abri de fortune sur des barques de pêche.
Sur le bateau
Le port vu du bateau. Au retour, nous avons pris une chambre dans le grand bâtiment gris, qui est un hôtel.
La baie est parsemée de ce genre de petites îles rondes et rocheuses couvertes de pins bas
On aperçoit le capitaine dans le rétroviseur
L'un des membres d'équipage, qui a passé son temps à téléphoner
(même au bout du monde, il y a du réseau !)
A l'horizon, on devine un gros cargo au mouillage au large d'Incheon
On approche de la destination
Une jolie petite plage déserte, comme il y en a des dizaines dans la baie
Au retour, on voit des plateformes flottantes sur lesquelles des touristes viennent pêcher
Héron et aigrette
De retour au port, nous sommes allés réserver une chambre à l'hôtel. Je ne savais pas trop à quoi m'attendre, Hyonou m'ayant raconté des souvenirs d'hôtels de campagne où les chambres étaient pleines de cafards. L'hôte a commencé par nous offrir des brosses à dents, des bouteilles d'eau et deux serviettes de toilette fraîchement lavées, d'une blancheur immaculée. Je me suis dit que c'était bon signe. La cage d'escalier et le couloir avaient également l'air récemment nettoyés, si l'on excepte l'énorme araignée repue et somnolente qui se tenait dans un angle du plafond. Quand à la chambre, non seulement elle était propre, mais elle dépassait largement mes attentes (et pas la moindre araignée en vue ; par contre, il y avait une mante religieuse manchotte et plus longue que mon pouce à l'extérieur de la moustiquaire des fenêtres).
Il fallait payer à l'avance, et à ce moment, nous nous sommes aperçus que nous n'avions plus d'espèces et que le propriétaire n'avait pas de lecteur de carte bancaire... Le distributeur de billets le plus proche était au centre du village de Deoksong-li, que le propriétaire a estimé à environ quarante minutes de marche. Du coup, il nous y a emmenés dans sa voiture ! Sur le chemin du retour, nous lui avons demandé de nous déposer. Avant de rentrer, nous voulions voir si nous trouverions l'ancienne maison de mon beau-père. Apparemment, elle est en ruines mais elle existe toujours. Nous nous sommes donc promenés dans le village.
Paysage typique de Deoksong-li : rizières en terrasse et petites maisons proprettes
Des vaches coréennes. Je n'en ai jamais vu à l'extérieur, où toute la place disponible est occupée par les rizières.
Nous avons discuté avec un vieux monsieur pour savoir si, par hasard, il se souvenait de mon beau-père et s'il savait où se trouvait la maison. Son nom ne lui disait rien, mais il nous a parlé des familles du village. Quand Hyonou lui a expliqué que le seul indice dont nous disposions pour trouver la maison était qu'elle se situait dans une petite forêt de bambous, il s'est exclamé : "Des bambous ? Mais il y en avait partout autrefois, tout le monde en plantait autour des maisons ! Maintenant on en a coupé beaucoup, mais il reste encore pas mal de petits taillis ici et là... Vous n'avez pas fini de chercher !"
Oh regarde ! Encore des bambous, derrière la maison !
Un peu plus loin, nous avons abordé une grand-mère qui profitait de la fraîcheur du crépuscule pour repiquer des légumes dans son petit jardin. Elle non plus ne se souvenait pas de mon beau-père, mais elle nous a longuement parlé de sa vie, de sa foi, de ses sept enfants qui lui donnent encore bien des soucis. Elle se sentait un peu seule et nous aurait volontiers hébergé pour la nuit, comme elle n'a pas souvent d'invités pour lui tenir compagnie. Nous avons regretté d'avoir déjà pris une chambre d'hôtel. Lorsque nous avons pris congé, elle a cueilli pour nous de généreuses poignées de piments doux dont elle nous a empli les mains.
Essai de panorama
Les épis de riz mûrissent dans la lumière du soleil couchant
La nuit était déjà tombée lorsque nous sommes rentrés à Gudo pour dîner. Dans les champs brillaient des lampes rouges, dont nous avons imaginé qu'elles servaient sans doute à tenir à distance des récoltes les bêtes sauvages. Nous n'avons pas trouvé la maison, mais nous avons beaucoup aimé Deoksong-li et ses habitants.
Le lendemain, nous sommes repartis de bonne heure pour aller retrouver la famille à Yesan. Dans la nuit, quelqu'un avait écrasé l'araignée du couloir.
Dans le petit bus qui faisait le tour des villages des environs, j'ai essayé de prendre une photo du paysage près de l'école primaire. Elle n'est pas terrible, mais cela donne une idée !
jeudi 16 août 2012
Photos de famille
Photo prise à l'occasion des fiançailles de mes beaux-parents
Leur mariage
Au premier rang, à l'extrême droite et à l'extrême gauche, la sœur et le frère de ma belle-mère. À côté de mon beau-père, sa maman
La grand-mère maternelle de Hyonou
Sa grand-mère paternelle
La jolie sœur de belle-maman, décédée en novembre dernier
Mes beaux-parents, la maman de beau-papa et Hyonou sur ses genoux
Le mariage de la sœur de belle-maman
Au mariage de sa sœur, ma belle-mère (à droite) avec Minwoo sur le dos
Hyonou et Minwoo chez leur grand-mère maternelle
Au zoo
Belle-maman au travail (à cette époque, elle faisait du tricot à la machine)
Photo de classe de Hyonou (au premier rang, 5ème en partant de la gauche)
Hyonou en camp d'été avec sa paroisse
Hyonou Père Noël
Au service militaire
Nous partons demain pour un petit voyage, dont une partie avec toute la famille, et je ne suis pas sûre de pouvoir donner des nouvelles d'ici mardi !
dimanche 12 août 2012
Sous la pluie
Nous étions aujourd'hui le dimanche le plus proche du 15 août, qui, comme chacun sait, marque non seulement l'anniversaire de Mémé mais aussi la commémoration de la libération de la péninsule coréenne de l'occupation japonaise. Comme tous les ans à la même époque, notre paroisse coréenne a célébré ce matin un culte particulier, et très émouvant, pour prier pour la réunification entre Corée du Nord et Corée du Sud et la paix en Asie. (Je voulais mettre en lien la vidéo du culte, mais je vois qu'elle n'est pas encore sur le site de la paroisse ; j'éditerai plus tard le message pour la rajouter.) Hyonou, à la sortie, a retrouvé par hasard un couple de paroissiens de l'église coréenne de Vincennes, où il a travaillé, qui fréquentent eux aussi cette paroisse durant leurs vacances en Corée !
Après le culte et le repas, nous sommes allés rejoindre un certain nombre de paroissiens dans un café, où était organisé un concert de soutien aux personnes qui encourent actuellement des poursuites judiciaires ou des amendes pour avoir participé à des manifestations "illégales", entre autres contre la construction de la base militaire sur l'île de Jeju. La pénombre a donné à Hyonou l'occasion de faire quelques photos artistiques.
En sortant, malgré la pluie annoncée par la météo, nous avons décidé d'aller nous promener un peu à la campagne, et plus précisément à Yangsu, au nord-est de Séoul. En sortant du métro, nous avons marché un peu au hasard, et nous nous sommes retrouvés sur un joli chemin en bordure de lac, au milieu d'un champ de lotus.
On aperçoit, au second plan, les barrières de bois qui délimitent le chemin que nous avons pris
Au bout du chemin, nous sommes tombés sur un bâtiment qui abritait justement un musée du lotus. Puisque c'était gratuit, nous sommes allés voir. Le musée présentait surtout toute une collection d'objets traditionnels représentant des lotus, et au dernier étage le travail d'une artiste textile contemporaine qui m'a beaucoup plu.
Ça, ce n'est pas un lotus !
Arrivés au bout de la visite, nous avons découvert que le musée donnait lui-même sur un parc en bordure de lac. Nous nous sommes donc engagés dans la visite du parc, très beau et harmonieux, mais dont la beauté et l'harmonie sont un peu gâchés par le pont de l'autoroute qui passe juste au-dessus. C'est à ce moment que les premières gouttes annonciatrices du déluge ont commencé à tomber.
Qu'à cela ne tienne, nous n'allions pas nous laisser décourager pour si peu, d'autant que d'après les précipitations annoncées, il allait vraisemblablement continuer à pleuvoir jusqu'au lendemain matin, et que nous avions pris la précaution de partir avec nos chaussures de pluie en plastique. A l'heure où j'écris ce message (11 heures du soir), il pleut d'ailleurs toujours. Nous n'étions pas les seuls à persévérer face aux intempéries !
Sous une pluie désormais battante, nous avons donc vaillamment poursuivi notre chemin jusqu'à un joli petit pont flottant éclairé par des lampions de couleur.
Ici, on voit bien que le pont repose en fait sur des barques qui le maintiennent à flot
Ensuite, il a fallu faire demi-tour, parce que l'heure de fermeture se rapprochait dangereusement. Sur le chemin du retour, l'allée de sable commençait à se transformer en rivière sur laquelle surnageaient quelques îlots sablonneux ; en arrivant sur la pelouse devant le musée, nous avions par endroits de l'eau jusqu'aux chevilles. En revenant, déjà pas mal mouillés, à notre point de départ, nous avons eu une petite frayeur : la porte par laquelle nous étions entrés dans le parc était déjà fermée ! Par chance, une employée nous a aperçus et a ouvert un portail secondaire par laquelle nous avons pu sortir. A ce moment, trempés jusqu'à mi-cuisse, nous n'avions ni l'un ni l'autre très envie de revenir à pied à la gare. Nous avons abordé un groupe d'employés du musée qui s'apprêtaient à rentrer chez eux pour leur demander où nous pourrions trouver un taxi, et l'un d'eux nous a très gentiment fait monter dans sa voiture et déposés juste devant l'accès aux quais.
Après un bon repas (galette de lentilles, kimchi et alcool de riz, délicieux), pendant lequel nos vêtements ont rapidement séché, nous sommes rentrés à la maison un peu fatigués mais tout de même satisfaits de la journée !
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