Après avoir consacré un jour et demi à Pierre, il était temps de passer à Paul. Nous nous sommes donc rendus à Saint-Paul-hors-les-murs, basilique édifiée par l’empereur Constantin sur la tombe de l’apôtre. La basilique actuelle en conserve le plan et les quelques éléments (une porte, les mosaïques de l’abside et de l’arc du chœur) qui ont survécu à l’incendie qui a ravagé l’édifice en 1823. C’est tout de même une belle église, que nous avons visitée seuls mais accompagnés d’un audio-guide loué à l’entrée.
Devant la basilique
Le fronton
La nef
Les mosaïques rescapées
La matinée aurait été parfaite si l’audio-guide, au moment d’aborder la tombe de Paul, n’avait pas inclus un commentaire pour expliquer comment obtenir une indulgence plénière grâce à la visite... J’ai vraiment du mal à comprendre comment de telles pratiques subsistent encore après les accords entre catholiques et luthériens sur la justification par la foi seule, d’autant qu’elles risquent de transformer un moment de recueillement sur la tombe d’un apôtre en un acte bien moins désintéressé.
Je trouve d’ailleurs que, bien que l’Eglise catholique les appelle tous les deux « Princes des apôtres », la différence dans le traitement accordé à Pierre et à Paul est flagrante. Sur sa tombe, Pierre a droit à une basilique monumentale, couronnée par une coupole de 140 mètres de hauteur visible de partout dans Rome et entièrement reconstruite à grands frais à partir de la Renaissance. Sur sa tombe, Paul a une basilique qui serait sans doute encore dans son état du Moyen-Age si elle n’avait pas brûlé (ce n’est pas que je n’aime pas le Moyen-Age, mais cela montre que les papes ne se sont pas beaucoup préoccupés de cette église). Sur le maître-autel de Saint-Pierre, qui lui est réservé, le pape dit régulièrement la messe ; sur le maître-autel de Saint-Paul, qui lui est aussi réservé, il ne vient que rarement. La confession de Pierre (niche creusée sous le maître-autel au niveau de la tombe, d’où celle-ci reste invisible mais où l’on peut venir se recueillir) est entourée d’une balustrade de marbre où brillent continuellement 99 lampes à huile, alimentées par de l’huile provenant de la récolte d’un champ d’oliviers consacrés depuis le IXème siècle et destinés exclusivement à cet usage. La confession de Paul, où se trouve le sarcophage de l’apôtre, est entourée d’une balustrade de marbre éclairée par 28 ampoules électriques. Et ainsi de suite... Et pourtant, sans Paul, le christianisme ne serait peut-être jamais passé du statut d’obscure secte juive à celui de religion à portée universelle, et aucun non-Juif n’aurait pu devenir « successeur de Pierre » (lequel Pierre n’aimait pas beaucoup les Gentils).
La confession de Paul (au premier plan à droite, une des ampoules électriques)
Après avoir déjeuné rapidement d'une foccacia à Saint-Paul, nous nous sommes mis en route pour la voie Appia et les catacombes ; avant de prendre le bus, nous voulions faire un petit détour par la pyramide que s'est faite édifier le centurion Caïus Cestius en l'an 12 avant notre ère.
Bière et foccacia
La pyramide de Caïus Cestius
Au passage, nous avons découvert le "cimetière protestant" (en réalité, le cimetière des étrangers non-catholiques) où sont enterrés, entre autres, les poètes anglais Keats et Shelley. C'est aussi le territoire des chats du refuge voisin, entre autres de cette très jolie chatte tricolore.
La chatte tricolore sur la tombe de Keats
La visite des catacombes de Saint-Sébastien a été une relative déception. Certes, le site est très intéressant, mais la visite est expédiée au pas de course (30 minutes) par une guide froidement professionnelle. Nous y avons retrouvé par hasard nos amies les missionnaires vietnamiennes, et je me suis demandé ce qu'elles avaient compris des explications débitées à toute vitesse... Nous avons traversé des galeries labyrinthiques sans pouvoir prendre le temps de regarder tel joli sarcophage ou tel motif gravé au mur et sans bien comprendre ce que nous voyions, nous nous sommes arrêtés dans trois salles (5 minutes maximum à chaque fois, et pourtant il y avait des choses à voir : le tombeau de Sébastien, une très belle nécropole païenne aux mausolées quasi-intacts, la salle où s'était déplacé le culte à Pierre et Paul durant les persécutions où l'on peut lire de nombreux ex-voto...) avant de regagner l'église Saint-Sébastien construite juste au-dessus des catacombes. Bref, c'était frustrant !
Le lendemain, j'en ai parlé à Emmanuelle qui m'a raconté qu'aux catacombes de Sainte-Priscille, elle avait un jour exigé de refaire gratuitement la visite : en queue de groupe, elle n'avait rien pu voir ni même entendre les explications du guide, données avant qu'elle n'arrive...
En tous cas, ignorant encore que la visite express est visiblement la spécialité de la plupart des catacombes, nous voulions compenser cette petite déception en allant voir les catacombes voisines de Saint-Callixte, célèbres pour leurs fresques paléo-chrétiennes. Celles-ci se trouvent sur un terrain privé appartenant apparemment à une institution religieuse. Malgré le panneau "Chiuso" (Fermé) affiché sur le portail, Hyonou, voyant celui-ci s'ouvrir devant nous, est entré et il a bien fallu que je le suive ! Les catacombes étaient effectivement fermées ; par contre, au lieu de remonter la voie Appia au milieu de sa circulation infernale (alors que les trottoirs sont quasi-inexistants), nous avons pu la longer depuis un petit chemin au milieu des champs... jusqu'à un portail fermé à l'autre bout de la propriété. Il a fallu attendre qu'une voiture entre pour pouvoir sortir !
Hyonou près des catacombes de Saint-Callixte
Sur le chemin, j'ai fait des essais de macro
En haut de la voie Appia, nous avons brièvement visité l'église "Domine, quo vadis" (l'endroit où le Christ serait apparu à Pierre qui fuyait les persécutions). Etrangement, cette église abrite une pierre où l'on peut voir deux empreintes de pied qui seraient celles du Christ et qui est certifiée être authentique, alors que l'église Saint-Sébastien, deux kilomètres plus bas, présente également la pierre "authentique" avec les mêmes empreintes de pieds, soi-disant prélevée sur le site... Hmmm...
L'objet du délit : en bas derrière les grilles, les empreintes de pied "authentiques" de Saint-Sébastien...
Et ici, les empreintes "authentiques" de Domine Quo Vadis !
Nous sommes ensuite rentrés à la Trinité-des-Monts avant de ressortir pour dîner dans un restaurant du quartier juif conseillé par le "Lonely Planet". Nous avons eu bien du mal à trouver l'endroit, appelé "Sora Margherita", qui n'a même pas d'enseigne et dont la porte est très discrète. Nous en avons eu l'explication plus tard : il y a quelques années, le restaurant a été fermé par les services de l'hygiène qui jugeaient les locaux beaucoup trop exigus et a rouvert sous couvert d'une association !
La porte d'entrée de Sora Margherita
Nous avons eu la chance d'être les tous derniers clients à être admis ce soir-là. Dans la petite salle effectivement très encombrée, où les serveurs ont tout juste la place de circuler, on nous a apporté deux cartes datées du jour et écrites à la main sur du papier kraft. Evidemment, le menu était entièrement en italien, la serveuse ne parlait ni français ni anglais, et nous avons commandé un peu au hasard sans bien savoir ce qu'on allait nous apporter ! Hyonou a eu un repas plutôt "classique", avec de la mozzarella, du poisson frit et des fettuccine, j'ai eu de l'artichaut frit (je n'aime pas tellement l'artichaut, je n'aurais sans doute pas commandé ce plat si j'avais su ce que c'était mais je n'ai vraiment pas regretté !), des saucisses de bœuf épicées et une tarte ricotta-chocolat. Nous avons tous les deux trouvé notre repas extraordinaire, et nous avons tellement mangé que nous avons été incapables d'avaler quoi que ce soit le lendemain matin au petit déjeuner...
Donc, si vous allez à Rome, ne manquez pas le restaurant :
Sora Margherita
30, Piazza dei 5 Scole















Le Vatican, t'y vas quand ?
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