De lundi à jeudi soir (très tard), Hyonou et moi sommes partis en province pour visiter deux communautés protestantes.
Nous sommes d'abord allés dans la région de Cheonan, à l'ouest, pour rencontrer les diaconesses de Corée. Nous étions en fait les seuls hôtes de la communauté, qui est en ce moment en pleine réflexion sur son avenir. Le bâtiment qu'elles occupent, en pleine campagne, est difficile d'entretien et vieillit mal ; les cinq sœurs qui y vivent actuellement commencent à se sentir dépassées par la tâche, d'autant plus qu'elles aussi vieillissent et que la relève tarde à venir. Cette année, elles ont décidé de ne pas accueillir d'hôtes et de prendre du temps pour réfléchir à leur avenir (elles vont probablement déménager). Elles ont fait une exception pour nous, et nous avons passé deux jours très agréables avec elles.
Le mardi, une des sœurs nous a emmené voir un pasteur dont la famille s'est associée à la communauté. Arrivé il y a vingt ans dans un petit village sans église, il s'est petit à petit fait accepter par les villageois en aidant aux travaux des champs. Il a construit de ses propres mains une église dans le style traditionnel, qui est sans aucun doute la plus jolie église que j'ai vue en Corée jusqu'à présent. C'est un espace lumineux, harmonieux et paisible qui invite à la prière, beaucoup plus à mon goût que les salles fonctionnelles avec vidéoprojecteur et écran qu'utilisent la plupart des églises protestantes et qui me donnent vaguement l'impression d'être à une conférence à l'université plutôt qu'au culte.
L'intérieur de l'église
La femme du pasteur peint des portraits des anciens du village
Vue de l'extérieur, avec le pasteur, sa femme et une des sœurs
Nous avons bien profité du rythme calme de la communauté, de la prière du matin à 6 heures (50 minutes de silence) à celle du soir, parfois remplacée par une marche dans la campagne si le temps est frais.
Dans la matinée du mercredi, nous avons pris congé des sœurs et nous sommes partis vers l'est. Nous avions prévu de passer un jour et demi dans un petit village où vit une communauté de familles appelée "Communauté du pissenlit" (la femme du pasteur de la communauté a expliqué pourquoi, mais j'ai déjà oublié).

Ici, la vie se fait vraiment en commun : la journée commence par une prière commune à six heures, suite à laquelle les travaux du jour sont répartis ; les repas sont préparés et pris en commun dans le grand bâtiment qu'on aperçoit sur la photo ci-dessus ; les travaux des champs sont faits ensemble ; les familles qui se sont formellement engagées à faire partie de la communauté lui reversent leurs revenus. Les gens passent du temps les uns avec les autres et les uns chez les autres ; les enfants de la communauté ne manquent pas d'adultes attentifs pour s'occuper d'eux lorsque leurs parents ne sont pas disponibles. Au départ, l'intention était de créer une communauté missionnaire. Puis, il y a quelques années, il a été décidé de fonder une école alternative, qui refuse la logique de la performance et de la compétition qui domine dans le système coréen, et qui initie les enfants à la vie de la nature et aux travaux manuels. Cette école a tellement de succès qu'elle commence à mobiliser l'essentiel des forces de la communauté. Elle accueille actuellement 75 élèves.

Le premier soir, après le repas, nous avons passé la soirée avec Eunshil, l'une des membres de la communauté qui a un petit atelier de couture où elle fait des choses magnifiques.
Le lendemain, nous espérions pouvoir nous faire une idée plus précise de la vie quotidienne ; finalement, rien ne s'est passé comme prévu, mais nous avons tout de même passé une très bonne journée.
Tout d'abord, on nous avait mal indiqué l'heure de la prière commune. Nous sommes arrivés à six heures et demie, alors que tout était fini et que le travail de la journée avait déjà été réparti. En attendant le petit-déjeuner, nous avons décidé de partir visiter le reste du village et les environs. Nous avons vu sur les panneaux indicateurs qu'il y avait apparemment trois temples bouddhistes dans un si petit village ; nous avons décidé d'aller en visiter un. Nous sommes partis par un petit chemin grimpant dans la montagne. Après avoir bien transpiré (il faisait déjà chaud à 7 heures du matin), nous nous sommes rendus compte que le chemin finissait par disparaître complètement sous la végétation : ce n'était visiblement pas la bonne route. Nous avons dû redescendre et chercher quelqu'un dans un champ à qui demander notre chemin. Finalement, nous avons trouvé un petit temple ; pendant que nous en faisions le tour, le moine qui s'en occupe nous a aperçus et nous a invités à venir prendre une tasse de thé chez lui. Le temps a passé vite en discutant et en savourant le thé (un thé à base d'un fruit séché, qui s'appelle en coréen la "patate à cochon" ; je n'en avais jamais goûté mais c'est très bon). A huit heures et demies, heure du petit-déjeuner, nous sommes revenus à la salle commune... pour découvrir qu'il n'y avait personne. Nous avons appris plus tard que le petit-déjeuner est habituellement pris ailleurs.
En attendant, nous étions bien embêtés. Nous avons cherché quelqu'un qui pourrait nous renseigner et nous avons trouvé un monsieur qui travaillait dans son élevage de poules. Celui-ci n'était pas membre de la communauté, mais il a essayé de contacter quelqu'un ; le téléphone ne passait pas. "Ça ne va pas aller comme ça", a-t-il déclaré. "Venez donc manger un morceau à la maison."Il nous a emmenés chez lui, dans son adorable petite maison au toit couvert d'herbe.

Il nous a préparé un bon repas, avec des œufs de ses poules. Du coup, pour le remercier, nous lui avons demandé si nous pouvions l'aider à quelque chose. "Je veux bien un coup de main pour nettoyer les œufs", a-t-il dit. Et nous avons finalement passé la matinée avec lui, en nettoyant les œufs tous tièdes et en assemblant les boîtes pour l'expédition. C'est aussi quelqu'un de très intéressant, qui a été déçu par les églises protestantes établies. "En vivant ici à la campagne, je vois tous les jours combien Dieu est bon et généreux", nous a-t-il expliqué. "Alors les pasteurs, avec leur Dieu qui n'aime que leurs propres paroissiens et surtout ceux qui donnent beaucoup d'argent, ils me font bien rire !"
La carte de visite
A force de discuter, nous avons été en retard aussi pour le repas de midi... et l'après-midi, il n'y avait rien de prévu dans la communauté, parce qu'il faisait trop chaud.
On est rentrés à Séoul après le repas du soir, et il faudra qu'on revienne pour passer vraiment du temps avec la communauté !