Quand nous nous sommes réveillés le lundi matin, assez tard, il pleuvait. Nous avons pris un petit-déjeuner rapide, tiré de nos provisions, et nous sommes sortis visiter la ville (visite qui a commencé par prendre un café, en partie parce qu'on était mal réveillés, en partie pour éviter l'averse torrentielle qui s'est abattue sur Suwon à ce moment-là).
Suwon fait partie de la province du Gyeonggi-do, comme Hanam, la ville où habitent mes beaux-parents. Elle fait désormais pratiquement partie de la grande banlieue de Séoul, à un peu plus d'une heure du centre-ville en train. Elle est surtout célèbre pour la muraille qui délimite les contours de l'ancienne vieille ville (dont il ne reste hélas plus grand-chose), et c'est par là que nous voulions commencer notre parcours.
En chemin, nous avons emprunté un passage souterrain pour traverser une large avenue. Sur les marches qui remontaient de l'autre côté, une très vieille dame était accroupie avec quelques louches en bois qu'elle vendait. Elle m'a fait tellement peine qu'au bout de quelques pas, j'ai fait demi-tour pour aller lui acheter quelque chose. Au passage, j'ai été arrêtée par une interpellation inattendue : "Excusez-moi, vous parlez français ?" Un jeune homme était installé sous l'auvent protégeant l'entrée du passage souterrain. Venu en Corée pour rendre visite à sa petite amie coréenne, il attendait depuis un long moment des amis avec qui il devait partir en voyage et qui n'arrivaient pas... Il avait besoin d'emprunter un téléphone. Pendant que Hyonou lui prêtait le sien (ou plus exactement, celui de belle-maman), je suis allée acheter une louche à la petite grand-mère (louche aujourd'hui devenue ma "louche à yaourts"). Après nous être mutuellement souhaité un bon voyage, nous avons laissé le jeune homme sous son auvent et nous nous sommes rendus à la muraille.

L'ancienne porte principale de la ville
Il y a beaucoup de dragons : au plafond...
... sur les murs...
... sur les battants des portes.
La muraille serpente sur les collines, ponctuée de petits pavillons
Certains de ces pavillons sont fermés
D'autres sont ouverts et sont très agréables pour se reposer...
... à condition bien sûr d'enlever ses chaussures en montant !
Le chemin de ronde a été refait et aménagé
La muraille se mêle à la ville moderne
De pavillon à pavillon !
Au pied d'un des pavillons, nous avons croisé une religieuse. Comme je lui ai dit bonjour, elle a engagé la conversation : elle nous a expliqué pourquoi certains murs étaient décorés de croix.
L'architecte de la muraille, Jeong Yakyong, a vraisemblablement fait partie des tous premiers catholiques de Corée à la fin du 18ème siècle, et il a couvert de croix les murs orientés vers l'ouest (d'où est venu le christianisme). Une large part de sa famille a aussi joué un rôle dans les débuts du catholicisme coréen ; certains de ses proches, dont son frère aîné, ont été exécutés lors de la persécution de 1801. L'un des cousins de Jeong Yakyong, du nom de Yun Jichung, a été l'un des premiers prêtres coréens ordonnés à Pékin.
Jeong Yakyong (정약용)
Il pleuvait par intermittence, et les aiguilles de pin étaient chargées de gouttes de pluie
Le tour complet de la muraille est assez long, et nous n'avons pas eu le temps d'aller jusqu'au bout...
On était loin de la maison !
Un moineau a trouvé une graine
Après la muraille, nous avons visité le "palais détaché" (Haenggung), un des palais royaux de province
A côté du palais, un temple bouddhiste a érigé un gigantesque Bouddha doré qui semble faire concurrence aux clochers de la cathédrale située juste en face
A l'étage de la porte principale du palais, un tambour aperçu entre les feuillages
Dans la première cour
L' "arbre à vœux". Planté sous le règne du roi Jeongjo (1752-1800 ; lien en anglais), un des rois les plus importants de la dynastie Joseon, qui appréciait particulièrement ce palais, il est enrubanné de guirlandes de papiers portant des prières adressées à l'esprit du roi.
Devant l'arbre à vœux, des jeux d'adresse traditionnels sont mis à disposition des visiteurs. Ici, une touriste japonaise essaie un jeu qui consiste à faire entrer une flèche dans un étroit tube vertical.
Du coup, Hyonou a essayé aussi...
...mais apparemment ce n'est pas si simple !
Au premier plan, les tubes dans lesquels il faut envoyer les flèches
Une jolie fenêtre
La salle du trône et son mobilier
Une statue représentant la reine Hyegyeonggung Hong, la mère du roi Jeongjo (à gauche en rouge). Hyegyeonggung Hong est un personnage intéressant : épouse malheureuse du prince héritier Sado, atteint de folie et exécuté sur les ordres de son père, elle a écrit des mémoires qui donnent un aperçu passionnant et terrifiant de la vie à la cour royale au 18ème siècle. (Si vous en avez l'occasion, je vous en recommande la lecture. Le lien ci-dessus mène vers la traduction française.) Hyegyeonggung Hong, à la fin de sa vie, passait la plus grande partie de son temps au palais de Suwon.
Par la fenêtre
Devant le bâtiment construit pour abriter le portrait du roi Jeongjo
Jeongjo
Le bâtiment n'est pas peint et le bois nu a de belles couleurs
Un joli papillon croisé dans une cour intérieure
Avec la visite au "vieux Jeongjo", comme dit Hyonou, s'est achevée notre promenade à Suwon. Il nous y reste encore beaucoup de choses à découvrir et il faudra y revenir ! Mais ce lundi soir, il a fallu reprendre le train et rentrer à Séoul pour notre dernière semaine en Corée.
L'ancien bâtiment de la gare de Séoul, construit sous l'occupation japonaise